Pour la réalisation de cette installation générative, L’archéosténographe, une intelligence artificielle a été entraînée à inventer des mythes sur le futur de l’humanité, qu’elle oralise au moyen d’une voix de synthèse. Ces récits, qui offrent une impression de familiarité en raison de la place qu’occupent les mythes dans notre inconscient collectif, sont retranscrits simultanément en signes préhistoriques par une sténotype robotisée – un dispositif permettant d’archiver des histoires qui, par essence, relèvent de la tradition orale.
L’archéosténographe fonctionne selon une méthode d’écriture rapide qui utilise la phonétique pour transcrire les sons de la parole en temps réel. Ici, les 36 phonèmes de la langue française ont été remplacés par autant de symboles datant du Paléolithique, suivant une grammaire développée par Julie Hétu dans son essai L’écrivain préhistorique. Aboutissement de six ans de recherches doctorales sur l’origine du chant et de l’écriture, elle y étudie la récurrence des motifs abstraits dans l’art pariétal, qui abondent dans la plupart des ensembles préhistoriques et que plusieurs chercheurs considèrent comme une forme d’écriture primitive. Au sein de l’œuvre, le réseau de neurones artificiels (SML) est alimenté par une base de données compilant les mythes les plus répandus à travers le monde, remontant jusqu’au mythe de l’Émergence primordiale, datant du Paléolithique, qui relate comment l’espèce humaine vécut d’abord sous terre avant d’accéder à la surface par une grotte et de se découvrir mortelle. Revenant aux origines pour mieux formuler ses conceptions du futur, l’IA prend pour sujet notre destin collectif avec pour consigne d’aspirer à un dénouement favorable dans ses narrations. Issus de l’imaginaire singulier de la machine, les textes produits se détachent des propositions prévisibles pour nous étonner, faisant surgir l’espoir de l’inattendu – à condition de décrypter cette forme de protoécriture de prime abord illisible dans laquelle la trace de ces discours est conservée, comme autant de mystères à élucider. L’œuvre s’affirme ainsi comme une alternative aux dystopies dominantes, envisageant un avenir qui puisse pousser à l’action, en contraste d’une fatalité qui afflige et pétrifie. Inspiré par le modèle archétypal de la pierre de Rosette ayant permis de déchiffrer les hiéroglyphes, ce projet est né d’un désir plus poétique que scientifique d’arriver à lire ou écrire des récits en symboles préhistoriques. L’installation a été présentée en première mondiale au Festival Scopitone (Paris) en septembre 2025. Ses textes font aussi l’objet de deux expositions de groupe « Sous le même ciel » au Cube Garges et « Artificial Dreams. Visions of the futur » au Grand Palais immersif (Paris). Conception et réalisation : Véronique Béland et Julie Hétu